Mr. Garcin est né à Marseille, à la fin des années 70, juste à temps pour les premiers Game & Watch qui vont révolutionner le monde du jeu vidéo. Trop petit encore pour arriver aux manettes des bornes arcades qu’il croise partout, il observe avec fascination les autres jouer à DonKey & Kong, Scramble et ronge son frein en passant des heures sur des Game play plus basiques mais dont il est totalement accroc comme Jungle ou Super Goal Kipper. A la télé, il suit Les Maîtres de l’univers qui connaît un succès planétaire et plonge très vite dans l’univers des comics. Grâce à Gunnm, il découvre avec passion la culture pop japonaise et ses mangas en noir & blanc… Sa passion pour le gaming, la pop culture américaine et japonaise ne le lâche plus, elle va grandissante au fil de la sortie de nouvelles consoles, de films et de dessins animés…

C’est vers onze ans qu’il commence à utiliser une paire de ciseaux. Il découpe des illustrations dans des magazines de jeux vidéo qu’il recolle sur des feuilles de classeur afin de faire une compilation de ses jeux préférés ou pour illustrer les jaquettes des dessins animés de Dragon Ball qu’il enregistre sur VHS.

Vers 2009 il reprend ses ciseaux et entreprend de créer un grand poster composé de plusieurs couvertures de comics, notamment celles de Strange de Jean Frisano, afin de décorer son salon. Une fois son poster réalisé « je me suis retrouvé avec une vingtaine de comics sans couverture sur les bras que je ne voulais ni ranger, vu leur état, ni jeter, car ils possédaient toujours toutes les histoires intactes » affirme Mr. Garcin.

A l’aide de ces comics, il commence à réaliser des collages de petit format qu’il scanne pour en faire des agrandissements. Une dizaine de collages plus tard, un ami lui propose d’exposer lors d’une soirée déguisée destinée au lancement d’un fanzine littéraire.  Il s’y rend, affublé d’un masque de catcheur mexicain qu’il ne quittera plus.

Sa nouvelle passion prend un nouveau tournant lorsqu’il tombe sur la couverture d’un comic book de Spider Man qui représente l’œil du super héros en gros plan: « l’idée de reconstituer cet œil en mosaïque à partir de comics m’est arrivée en… un clin d’œil! J’ai tout de suite vu qu’il était possible de le réaliser en regroupant des Spider Man pour le masque, puis en accumulant des Venom pour le contour de l’œil. Pour le centre lui-même, j’ai aussitôt pensé au comics noir & blanc que l’on m’avait donné » affirme l’artiste. Spider-Eye compile les supermans de toutes les époques, il est formé comme un puzzle à partir d’une centaine de comics des années 1960 à 1990. 1 mois entier pour créer cette composition très dense, 1 semaine de découpe, et trois autres de mise en place. Une fois terminée, une image du collage est envoyée au site Geek Art, qui le met en ligne. En 5 jours seulement, l’image fait le tour des blogs, et remonte jusqu’à la rédaction de Marvel… qui choisit alors d’en faire la couverture du 700ème numéro de The Amazing Spider-Man, confiant ainsi pour la 1ère fois une couverture à un non-dessinateur. Pour Marvel, six autres couvertures suivront.

Cette collaboration avec Marvel va lui ouvrir de nouvelles portes. Mr. Garcin commence progressivement à exposer ses collages dans plusieurs galeries d’art comme la galerie Arludik à Paris et la galerie Christiane Vallé à Clermont-Ferrand.

Si les œuvres de Mr. Garcin sont destinées d’abord et avant tout aux fans de mangas, de comics, de BD aux gros amateurs de japanisation et de jeux vidéo, les moins connaisseurs apprécieront le travail titanesque que nécessite l’élaboration de chaque collage. Chaque œuvre est bourrée de surprises, de références, de personnages, de logos. « Ma démarche est artistique mais aussi ludique » explique-t-il. « Le spectateur a deux niveaux de lecture; en s’approchant, il voit toutes les pièces du puzzle, en prenant du recul, il le contemple entièrement. » Visuellement, c’est très prenant, et ce n’est pas sans rappeler les magazines japonais pleins à craquer de photos et d’inscriptions. Mais avec un peu de recul, on passe d’un fouillis organisé à une vue d’ensemble hyper cohérente.

En plus de la dimension esthétique, Mr. Garcin se fixe une contrainte historique qui nécessite un énorme travail de recherche. Ainsi, lorsqu’il dédie un collage à un personnage en particulier, le but est de retracer toutes les apparitions de ce super héros, de résumer son histoire en faisant bien attention à ce que la chronologie du personnage soit fidèle. Il utilise donc des bandes dessinées de toutes les époques : « Je cherche aussi à mettre le maximum de dessinateurs différents, les ennemis les plus connus, les moments les plus mythiques » ajoute l’artiste. A titre d’exemple, pour créer Astérix, Mr. Garcin a dû rassembler près de 700 personnages qu’Uderzo avait dessinés.

Aujourd’hui Mr. Garcin vit pleinement de son art : et « heureusement car ces collages me prennent beaucoup de temps, si je devais avoir un travail à côté, ma production serait vraiment limitée. » ajoute-t-il. Mr. Garcin peut effectivement travailler des nuits entières « mon travail étant une vraie passion, il m’arrive régulièrement d’arrêter uniquement quand je tombe de fatigue ».

Il enchaine les collaborations artistiques, les couvertures de livres, de magazines et même de disques et collabore également avec French Paper Art Club pour lesquels il crée des posters d’art pour DC Comics.